J'ai 6 ans lorsque je me dis pour la première fois « plus tard je serai actrice ». je me dis juste cette phrase. Comme ça. Ca me plaît d'imaginer tous les regards braqués sur moi. En y réfléchissant, acteur c'est un métier d'égocentrique. Bref, je me dis cette phrase sans imaginer tout l'impact qu'elle aura plus tard sur moi. Car plus tard, je veux également être agent secret, institutrice, médecin sans frontières, psychologue... Entre autres. Mon rêve est écrasé, oppressé, ballonné entre tous ces désirs d'avenir. J'oublie. Les paillettes ? Bien peu pour moi. Je veux sauver le monde. J'oublie que l'art peut sauver des vies. La mienne en premier
. A 10 ans, je découvre Marion Cotillard dans Les jolies choses de Gilles Paquet-Brenner. Un film interdit aux moins de 12 ans. J'arrive à aller le voir, avec une amie plus âgée. Coup de foudre. Marion est sublime, merveilleuse, extraordinaire. Elle est la première actrice à me faire cet effet-là. Elle me colle à la peau, et je sais déjà que c'est loin d'être terminé. Elle devient mon idole, ma reine, mon model. Dans ses yeux, j'y décèle mon évidence : plus tard, je serai actrice. J'ose enfin le crier haut et fort : « Plus tard, je serai actrice ! ». Une amie se moque de moi : « Pff, tu crois quoi ? Tu n'y arriveras jamais ! ». Elle me blesse mais je décide d'ignorer ses paroles pendant quelques temps. Malgré tout, malgré moi, je rumine cette phrase pendant longtemps. Plus je me la répète, plus j'ai mal. Plus j'ai mal, plus je me la répète. Je regarde les magazines, je me compare à toutes ces femmes sublimes qui sont le cinéma actuel. C'est évident, je ne fais pas le poids, je n'y arriverai jamais. Elles sont trop belles, trop parfaites. Trop biens pour moi. J'oublie. Une seconde fois. La fois de trop
.C'est mon histoire.